Les réflexions et projets de lois en cours sont l’occasion d’imaginer de nouveaux modèles et modes de fonctionnement en faveur des artistes, tout en permettant l’innovation.
La création sous toutes ses formes, qu’elle soit purement humaine, avec assistance automatisée ou purement automatisée, est possible sans que cela ne nuise aux artistes et pourrait même leur venir en aide et les soutenir.
Je développe dans cet article une réflexion qui date pour moi de la loi DADVSI sur les modes de rémunération possibles des artistes et créateurs à l’heure d’Internet et également valable et adaptable aujourd’hui à l’heure de la production automatisée ou assistée par des IA.
Réflexions, points de vue et analyses partagés à plusieurs élus à l’époque.
Rappel important et racine latine du mot « auteur »
Le mot « auteur » vient du latin « auctor », lui-même dérivé du verbe « augere » (augmenter, créer, produire).
La racine latine « augere » (augmenter), dans le contexte d’« auctor » (auteur), porte une nuance subtile et profonde :
« Augere » signifie littéralement « augmenter », mais aussi « faire croître », « enrichir », ou « donner une valeur supplémentaire ».
L’auteur ne se contente pas de « prendre ce qui existe » : il ajoute une couche de sens, de style ou d’invention qui fait de l’œuvre quelque chose d’unique selon ses sensibilités et perceptions, selon ses croyances, son message et ce qu’il souhaite véhiculer.
C’est cette capacité à « faire grandir » (au sens large) qui le définit.
Un écrivain comme Jules Verne s’est inspiré des découvertes scientifiques de son époque, mais il les a « augmentées » en imaginant des mondes futuristes (Vingt mille lieues sous les mers). Il n’a pas juste copié la réalité : il l’a transformée et enrichie.
Se poser les bonnes questions
En ce qui concerne le sujet en cours, les réflexions à avoir, selon moi, sont les suivantes :
- Quel droit d’auteur voulons-nous donner ou enlever aux IA ?
- Quels modèles économiques vertueux pouvons-nous créer pour, à la fois, permettre aux IA de créer ou de créer par IA, tout en soutenant et en défendant la création humaine, le spectacle et l’art vivant ?
Des réalités importantes
L’IA peut aussi permettre à des personnes n’ayant pas les moyens de payer un grand studio de production de s’exprimer, ou à chacun de maquetter, véhiculer ses idées et produire rapidement à moindre coût.
Dans le même temps, la création humaine doit être défendue et soutenue.
Rien ne remplacera la création humaine authentique et une représentation réelle ou une œuvre originale, et rien ne vaut le fait de solliciter un créateur ou illustrateur pour une œuvre de l’esprit originale, novatrice et authentique.
Se poser les bonnes questions (2)
Comment permettre de laisser les utilisateurs et auteurs libres de choisir leur mode et procédé de création, tout en valorisant, protégeant et finançant également la création humaine et artistique au sens large, aujourd’hui trop peu valorisée par rapport aux domaines technologiques, industriels et économiques, alors que l’artiste est vital à la société et à la cohésion sociale et que leurs œuvres sont tout aussi importantes pour la société dans son ensemble ?
Quelques exemples, pistes et solutions :
- Le créateur et propriétaire d’une chaîne YouTube, d’une page de réseau social ou d’une plateforme à venir générant des millions de vues et de revenus, avec un contenu créé avec l’assistance d’une IA, pourrait tout à fait financer, citer ou être mécène d’artistes et d’œuvres ou de spectacles vivants locaux, nationaux ou internationaux, et en parler en fin de vidéo. Son créateur pourrait être convié à le faire de façon libre, par les plateformes elles-mêmes et leurs algorithmes (ou des législations ?), en citant certaines de ses sources.
- Une plateforme diffusant du contenu ou un créateur pourrait aussi collecter des fonds pour soutenir l’art et la création dans des domaines connexes. Cela pourrait également être réalisé par un algorithme, avec une rémunération automatique et directe (sans système de taxation) vers les artistes.
- Des outils pourraient permettre de détecter les sources pour potentiellement financer des collectifs d’artistes connexes, ou des auteurs originaux, sans bloquer l’innovation et la création assistée ou produite par IA, mais en la rendant possible et vertueuse pour la créativité et l’expression en général, et en soutenant la création humaine originale et la création sous toutes ses formes.
Suggestion
Au lieu de trop réguler, d’empêcher et de sur-protéger, cherchons à soutenir les artistes tout en soutenant aussi l’innovation. Celle-ci pourrait elle-même les soutenir dans leur créativité.
Se poser les bonnes questions (3)
- Allons-nous, par ces législations, passer à côté des opportunités permettant de concilier humanité et technologie et de créer de nouveaux modèles et modes de fonctionnement ?
- Allons-nous créer des cercles vertueux et des modèles économiques constructifs soutenant à la fois l’innovation et les artistes ?
- Allons-nous, par ces législations, passer à côté de modèles économiques permettant de soutenir définitivement l’art et la créativité humaine, bien trop souvent formatée, réduite ou bridée par des questions de rentabilité et d’audience, et enfin soutenir et reconnaître les profils créatifs, qui sont vitaux au fonctionnement, à l’évolution et parfois à la mise en lumière de modes de fonctionnement défaillants de nos sociétés ?
- Quels modèles économiques et leviers juridiques, organisationnels et technologiques souhaitons-nous mettre en place pour soutenir l’innovation et favoriser l’émergence de nouvelles plateformes soutenant réellement et définitivement les artistes et créateurs ?
- Quels modèles souhaitons-nous mettre en place pour favoriser l’utilisation juste de la création assistée, augmentée ou réalisée par des moyens informatiques ou IA, tout en soutenant la créativité humaine ?
- Comment permettre aux artistes de créer, interpeller et proposer leur regard sur le monde de façon libre et indépendamment des lois du marché, et les libérer de tout formatage, tout en leur permettant d’être rémunérés pour leurs créations et ce, pour leur originalité et leurs apports constructifs à la société, indépendamment du volume d’audience ?
- Comment permettre aux artistes atypiques et « hors système » ou en marge d’exprimer leur point de vue ?
- Quelles actions envers les plateformes de diffusion contournent les modalités afin de rémunérer les artistes le moins possible et engendrer le maximum de profits à leur détriment ? (exemple : Spotify et les playlists)
- Un revenu universel pour les artistes est-il souhaitable et possible grâce à la technologie et aux revenus colossaux que les plateformes génèrent ? Cela empêche-t-il ou non un modèle commercial basé sur l’audience tel qu’en place aujourd’hui, et comment permettre aux artistes de choisir un mode ou un autre, de basculer de l’un à l’autre ou d’œuvrer via ces deux modes ?
- Un artiste reconnu est-il celui qui génère de hauts revenus et fédère une importante audience ou est-il celui qui interpelle, inspire, interroge ? L’un est-il davantage en droit de créer que l’autre ?
- La starification de l’artiste ou du créateur à l’extrême favorise-t-elle le formatage et la standardisation des œuvres aseptisées ou la créativité ?
- N’est-il pas grand temps d’ajouter d’autres modes de rémunération, de soutien aux artistes indépendants des lois du marché, et de reconnaître davantage leur travail ainsi que leur impact sociétal, indispensable à toute société libre ?
- Ce projet de loi n’est-il pas une opportunité de bâtir de nouveaux systèmes soutenant réellement la création ?
Pour finir, voici un texte plus que jamais d’actualité sur lequel j’invite à méditer un instant, si tant est que cela soit encore permis ou admis :
« Je rêve d’une société où les artistes, les écrivains, philosophes, sociologues et anthropologues soient au cœur des organisations et du système, pour le redessiner et le reconstruire. Ils devraient être recrutés dans les entreprises et les institutions afin d’imaginer et de dessiner le monde de demain, en prenant en compte l’impact sociétal et humain des innovations, des produits, des services et des actions. »
- Et si ces échanges sur l’intelligence artificielle générative, la production automatisée, semi-automatisée, augmentée ou assistée par IA et l’usage de la technologie pour la diffusion de l’art et de la créativité n’étaient pas le vrai sujet ?
- Et si ces technologies permettaient plus d’opportunités que de défis ?
- Et si le vrai sujet était plutôt de réfléchir et de bâtir des modèles technologiques, juridiques, organisationnels, sociétaux et humains permettant de soutenir les artistes et la créativité en général ?
- Et si ces sujets étaient l’opportunité de poser enfin les bonnes questions ?
La vraie question n’est donc-elle pas surtout : Comment soutenir les artistes, créatifs et la créativité en général sous toutes ses formes et reconnaître l’impact vital et essentiel qu’ont les artistes et créateurs sur le bon fonctionnement du monde et de toute société libre ?
Ce débat n’est-il pas surtout l’occasion de redéfinir ces fondations essentielles, pour les générations actuelle et à venir, avec et sans la technologie, et de se poser les bonnes questions ?
Liens et références et travaux en cours sur le site du Parlement européen :
Critiques et réflexions intéressantes sur le sujet :